Vue de l’exposition Dimensions variables, Techniques mixtes, 2016-2018 - Vitrines du Ministère de la Culture, Paris.

Bagues pliées, 2014-2018, cuivre, laiton, argent.
 

J’utilise des shémas techniques d’assemblages et de plissés textiles.
La couture plate ouverte, la couture anglaise, les plis ronds et creux, les plis plats... Ces techniques permettent de réduire une large surface de matière et de l’adapter aux mesures du corps.




Extrait de Zusammenhänge, p.17-19 :


Je soulève le double fond en cuir de ma mallette à outils et retire un étui en plastique contenant un morceau d’argen glissé entre deux couches de papier-bulle, commandé chez Cookson CLAL, un fournisseur en outillage et matériel de bijouterie.
Une plaque rectangulaire de 1 mm d’épaisseur en argent 950 recuit. Un alliage qui contient 95% d’argent pur, et 5% de cuivre qui lui confère une plus grande dureté.
Je maintiens fermement la plaque de la main gauche sur l’établi et fait glisser, d’une traite, la pointe du compas le long du bord. Réglée à 20 mm, l’autre pointe coupe le film de protection en plastique bleu transparent et raye la surface de la plaque d’argent d’un trait fin parfaitement parallèle au bord. Je fais vibrer la lame du bocfil1 et tends l’oreille, la tension est bonne.
La plaque d’argent maintenue sur le plat de la cheville, j’entame la découpe. Lentement et régulièrement, les petites dents traversent la matière et déposant une fine limaille à chaque passage. La coordination, entre mes yeux rivés sur la ligne, les
gestes répétitifs de ma main droite et le bruit régulier de va-et-vient, suspend le temps… Jusqu’à ce que le métal tombe dans la peau de cuir, sur mes genoux.
La lime plate sert à ébarber et ajuster les bords de la bande. Puis je prépare un cabron2 recouvert d’un papier émeri d’un grain de 240 pour poncer les surfaces . J’émerise régulièrement dans quatre directions. Je cintre la plaque, longue de 12,7 cm entre mes mains pour joindre les deux bouts. L’argent est encore souple et se plie facilement. Soulever la pièce contre la lumière permet de contrôler l’ajustement précis des bords et le contact des surfaces. Trois paillons d’argent préalablement enduits de borax3 suffiront. Je les dépose précisément à intervalles régulier sur le joint. Puis, je caresse d’une grosse flamme, l’ensemble de la pièce. Lorsque le métal est assez chaud, j’ajoute de l’oxygène pour obtenir une flamme précise, concentrée sur les paillons, qui fondent puis filent dans l’interstice. La brasure ne requiert qu’une fusion du métal d’apport sur les matériaux à réunir. Le point de fusion des paillons que j’utilise est le n°6 qui est toujours bien moins élevé que celui de la plaque d’argent (865 – 920° C).
Après refroidissement, la pièce est plongée dans un bain de dérochage puis neutralisée dans du bicarbonate de soude. À l’étau, une série de gabarits en bois me permet de plier progressivement la matière sans abîmer la surface. Mes yeux ne se détachent plus de l’objet et de sa forme en évolution : les actions de déformations, le serrage de l’étau, le maintien des gabarits, le placement du cuir et de la bouterolle se réalisent presque intuitivement. Lorsque la matière ne se laisse plus transformer, un recuit est nécessaire avant de poursuivre sa mise en forme. La mâchoire métallique de l’étau se referme progressivement, le cuir grince, le bois cède, et l’argent se plie. J’enfile la bague à mon doigt, l’inspecte de tous côtés,
vérifie la taille à l’aide d’un triboulet métrique, puis émerise une dernière fois sa surface pour lui donner un aspect brossé. Je décide de polir les deux tranches, ce qui mettra en valeur la section de la pièce, et le motif du pli dans le métal.
Je ponce, en descendant progressivement vers les papier émeri aux grains les plus fins. A la polisseuse j’utilise des brosses et disques de coton enduits de pâte à polir, jusqu’à obtenir un poli « miroir ».
Je glisse l’objet entre deux couches de papier-bulle dans un étui en plastique, puis dans une boite en carton pour l’envoyer au Texas. L’objet que j’ai fabriqué va parcourir les 8598 km qui séparent Strasbourg de Dripping Springs. Une semaine plus tard, je reçois une photo de Kristi, souriante, la bague au doigt.



1 Porte-scie en métal, à la lame fine comme un fil, utilisé pour chantourner dans des travaux de précision.
2 Morceau de bois recouvert de papier émeri, les formes sont variables selon la pièce à nettoyer.

3 Tétraborate de sodium, le borax est utilisé comme flux décapant préalable à la soudure, pour nettoyer et empêcher l’oxydation.



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