Iconographie de recherche, Potreuses-Porteurs
2025
Collection d’images, impressions numériques






Iconographie — Étude méthodique des représentations plastiques (peintures, sculptures, gravures) d’un sujet donné — personne, époque, thème, symbole, lieu, civilisation ou religion — avec leurs sources, leurs significations et leur classement.

La recherche d’images constitue une étape essentielle du processus créatif. Lorsqu’un nouveau sujet émerge, la recherche iconographique s’impose de manière instinctive : les images permettent de s’emparer du thème, de le saisir. Imprimées et découpées, elles sont placées dans des boîtes en carton. Leur mobilité est essentielle : manipulées comme un jeu de cartes, elles se prêtent au tri, à la confrontation, à l’association, à la composition de séries ou à l’isolement d’une image. Ces gestes activent la réflexion, font surgir de nouvelles compréhensions.

Cette pratique instaure une posture de recherche : d’abord un travail de référencement, avant de devenir interprétative.

Une même image conserve ainsi une fluctuation de sens : elle peut être utilisée pour sa composition globale, sons sens, pour son éclairage, pour la technique appliquée à l’objet représenté etc. Chaque représentation circule librement, retrouvant un sens nouveau à chaque contexte de composition et d’interprétation.

Cette méthodologie s’est imposée naturellement au début de chaque projet de recherche artistique. La découverte de chaque nouvelle image provoque une forme d’excitation presque addictive, tout en permettant d’historiciser l’approche. J’inscris ainsi la pratique dans un vaste panorama de représentations préexistantes, offrant une vision d’ensemble de l’émergence des artefacts. Ce travail contribue à explorer cette question fondamentale : comment naissent les formes et les objets ? comment se construisent-ils ?

Pour la première fois, ce travail de recherche iconographique sera montré : il invitera le public à plonger dans la richesse des images qui constituent le socle réflexif, tant des ateliers pédagogiques que des pièces réalisées pour l’exposition.

Après de nombreuses hésitations, le choix s’est porté sur une restitution fidèle à la pratique d’atelier : les images resteront mobiles, sous forme de cartes manipulables, classées dans deux boîtes d’archivage, et disposées sur une grande table à la disposition des visiteurs et visiteuses. L’intention est d’éveiller le même sentiment de « frénésie visuelle », cette envie infinie d’en découvrir toujours davantage — pour mieux comprendre le portage de l’eau en Bretagne, son histoire, ses contenants, ses systèmes, ses objets-outils : le joug, la palanche, le caberder pour le portage céphalique, les moments de convivialité autour des points d’eau, l’évolution des techniques, la difficulté du métier, les gestes qui y sont associés, les mythes, les légendes et la puissance vitale de l’eau.








Porter l’eau 
2025
Bois de chataîgnier, fil, contenants en verre, eau. Réalisé avec l’aide précieuse de Manuel Wallentin, compagnon Menuisier. 






  Des siècles durant, porteurs et porteuses d’eau sillonnaient villes et campagnes, assurant un service vital. Leurs chemins racontaient à la fois la difficulté d’accès à l’eau et les inégalités sociales qui en découlent. Porter sur les épaules, sur la tête ou au creux des bras, des gestes répétitifs qui laissaient leurs marques sur les corps.

Aujourd’hui, l’accès à l’eau courante et potable nous semble aller de soi. Comment le souvenir de ces pratiques, à la frontière de l’oubli, peut-il raviver notre conscience quant à la valeur et à la fragilité de cette ressource vitale ?

Une démarche qui se situe à la croisée de plusieurs champs : l’archéologie, une histoire sociale et histoire des techniques, autant de perspectives qui enrichissent une approche artistique.
Porteuses·Porteurs s’appuie sur l’étude d’archives et sur l’exploration d’une iconographie composée de gravures, de photographies, de sculptures, d’objets et de cartes postales.
Cette recherche autour des gestes, du métier, de ses outils, alimente un travail plastique et visuel. Des objets - outils tels que le coussin à cruche, le joug et la palanche, aux formes conçues au fil des gestes et des usages, sont façonnés par la main et adaptés aux corps. La reprise des gestes de leurs fabrication : tailler le bois, le creuser à la gouge, l’adoucir au couteau, poncer la surface, constituent une exploration matérielle au plus près de la facture des objets d’antan.
Les ateliers menés avec les élèves de l’école Jean-Moulin, la participation des habitant·es et le partage de savoirs inscrivent le projet dans une démarche de création collective et collaborative. Le travail pédagogique convoque les gestes et les postures des porteuses et porteurs, propose d’éprouver l’effort et l’équilibre, et invite à imaginer et construire de nouveaux systèmes de transport à la fois ingénieux et sensibles.


L’installation questionne une forme née de son usage : le joug de portage, façonné pour les corps, l’objet s’affine au fil du temps, jusqu’à devenir un simple manche de trois centimètres de diamètre. Le corps se devine en creux, suggéré par l’échelle, la hauteur de suspension, les cavités, les volumes et les vides qui façonnent les pièces. Ce jeu de correspondances entre corps et objet révèle l’absence des porteurs et porteuses d’eau aujourd’hui — ces silhouettes autrefois omniprésentes et indispensables, portant de lourdes charges.

Les huit jougs sculptés en bois de châtaignier laissent apparaître les traces d’outils à leurs surface, témoins des gestes de fabrication fidèles à ceux d’antan : dégrossies à la scie, creusées à la gouge et au maillet, puis façonnées au couteau à tirer.

Les souvenirs de ces pratiques ne tiennent aujourd’hui qu’à un fil. Une dernière génération en France se souvient encore de ces porteurs et porteuses d’eau.
Serons-nous amenés à réhabiliter ou à réinventer ces systèmes de portage à mesure que la précarité de l’eau douce s’accentue ?
Des objets et des gestes situés à la frontière de l’oubli, qui proposent une mise en perspective contemporaine des enjeux liés à l’eau.








La terre est grande
2023
Laine feutrée, teinte à la noix de galle et verge d’or du canada
Vue de l’exposition “Tout à l’horizontale”, Ergastule, Nancy, mars 2023.





Les feutres suspendus expriment par le moyen de la couleur une sensation vécue et des émotions teintées par un instant précis du voyage : un souvenir mauve, vert absinthe ou brun terre. La laine teintée est disposée sont disposées en aplats aux bords indécis provoqués par le processus de feutrage. Les pièces ont été produites collectivement utilisant la technique traditionnelle Kirghize du feutrage au pied.


Extrait du carnet de voyage :

16 avril 2023, province d’Issyk-Kul,

Les couleurs sont douces à cette période de l’année : bleu-clair, mauve, brun pastel, vert-de-gris au sol, rose et blanc franc des fruitiers en fleurs, puis un vert acide presque jaune fait son apparition timide sur les branches des bouleaux, des saules et des ormes. Nous longeons la côte Nord du lac Issyk-Kul à bord d’une Marchroutka. À mesure que les paysages défilent, apparaît ce même bonheur ressenti en juin 2022, une reconnaissance profonde face aux circonstances, face à la chance inouïe de parcourir ces terres. J’observe les petites maisons blanches aux cadres de fenêtres en bois peints en bleu, les toits en tôle ondulée vert anis, les barrières en lattes aux couleurs fades dont la peinture s’écaille et de jolis portails à deux battants, assemblés en chevrons. La neige vient de se retirer, la terre paraît sèche, endormie, mais je connais l’explosion de verdure qui aura lieu bientôt, l’apparition de prairies saturées de végétation florissante et gorgée d’eau.



Extrait du journal d’atelier :

Mouzon, septembre 2022,

Àl’extérieur : l’automne, rouge vif, orangé, bordeaux, la Meuse blanche et grise, marron, le vert s’éteint, le ciel vire au gris, les pierres jaunes, beiges, blanchâtre, le rosé des maisons et des pavés de Mouzon.

Àl’atelier : Tanaisie, Millepertuis, verge d’or du Canada, noix, noix de galle, bois rouge, indigo, racine de rumex, prunelles et racine de prunellier, sureau yèble, oignon rouge et jaune, bois de campêche.

Mon travail, habituellement si sobre et monochrome, se trouve soudainement envahit de couleurs. Ne sachant que dire, que faire avec des couleurs si vives, mais emprise d’une appétence insatiable pour la teinture végétale, j’atténue la palette :  je fadis les nuances par un épuisement des teintures et en mélangeant les laines à la cardeuse, afin d’obtenir des couleurs plus délicates, des brun-rouge chinés, des gris-bleu poudré et mauve-marron.




 Outils de portage
par les enfants de l’école Jean-Moulin
2025
matériaux divers, textil, bois, plastique.



Porteuses-porteurs
avec les enfants de l’école Jean-Moulin  à Langonnet.
2025
édition de cartes postales
impression numérique
9 × 14 cm






Porteuses–Porteurs se présente sous la forme d’une édition de cartes postales réunissant une série de portraits photographiques réalisés avec les enfants de l’école Jean Moulin à Langonnet.

Les cartes postales occupent une place centrale dans la construction de l’imaginaire lié au portage de l’eau. Petites images timbrées et circulantes, elles ont durablement façonné notre perception des gestes et des pratiques d’autrefois. Souvent, dès leur première édition, elles proposaient une vision déjà désuète ou romantisée du métier : reproduire une image sur une carte postale, c’est en transformer le regard, en infléchir le sens, parfois jusqu’à l’idéalisation.

Dans le cadre du projet, ce geste artistique réactivé devient un outil de transmission. Les enfants, photographiés en studio ou sur la place du village, rejouent les postures et les gestes de leurs aïeux. Les mises en scène s’inspirent de cartes postales anciennes conservées dans les collections du Musée de la Carte postale de Baud et du Musée de Bretagne à Rennes. Chaque enfant porte un système de portage d’eau conçu et fabriqué durant la semaine d’intervention.
De cette rencontre naît une série de portraits expressifs : objets réinventés, gestes anciens rejoués, accessoires anachroniques et engagement ludique s’entremêlent pour interroger les héritages, les usages et les imaginaires liés au portage. L’ensemble est édité sous forme de cartes postales et distribué pendant l’exposition, prolongeant le geste d’envoi et de circulation des images.





Dessins technique (Porter l’eau) 
2025
deux dessins, graphite sur papier, 100x70 cm, vue de l’exposition Porteuses-Porteurs à La Grande Boutique, Langonnet.





Des dessins explorant un langage graphique propre à la communication technique, qui présente les caractéristiques de l’objet en vue de sa fabrication. Il s’est avéré indispensable à la production de la pièce, tout en révélant un décalage dans le processus, car le joug appartient à ces objets qui prennent forme de façon empirique, par nécessité, et à travers les usages, sans plan préétabli.
Les dessins retracent la naissance de la forme comme celle d’un végétal, une invention qui mets en valeur l’espace des épaules et nuques, qui disparaît progressivement. Non fidèle à la genèse réelle de ce type d’objet, mais suggère sa structure et la fonction : la branche principale, le confort apporté par un textile ou un cuir enroulé autour d’elle, l’entaille pour le cou et les creux aux épaules, conçus pour maintenir le joug en place lors du remplissage et du transport, tout en optimisant le maintien et le confort de l’utilisateur.